Poil de Harissa : Le voyage d'un Sganarelle tunisien
Et si le plus grand rôle de sa vie était de retrouver ses racines ? De la chaleur de la Méditerranée aux ombres du passé, suivez le destin d’un comédien en quête de son histoire. Entre théâtre de récit et clown contemporain, Poil de Harissa explore l’identité, la filiation et la mémoire avec une liberté de ton rare — où le rire devient un acte de résistance. Un seul-en-scène incandescent entre mémoire, exil et humour.
L'Histoire
Juif tunisien de l’exil, Harry Bénichou rêve de devenir un grand comédien. Il n’est plus tout jeune et a peu joué, surtout dans de petits théâtres de province — Dom Juan, alias Sidi Yahyā, aurait été son plus grand rôle, à moins que ce ne fût Sganarelle. Trop peu, en tout cas, pour être intermittent du spectacle.
Il livre des pizzas ou nettoie les vitrines pour survivre, surtout quand le cousin Soussou ne veut plus l’héberger. Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de la mort de sa mère. Visite au cimetière juif, section 118, carré 19. C’est là, au milieu des souvenirs, que son plus grand rôle va peut-être commencer…
Note d'intention de l'Auteur
Pourquoi faire exister aujourd’hui Poil de Harissa ou Sidi Yahia sur scène ?
Parce que cette pièce est née d’une nécessité : celle de faire entendre une voix traversée par l’exil, la mémoire et le déracinement — mais une voix qui refuse le pathos, qui choisit le rire comme acte de résistance.
Harry Bénichou est un homme ordinaire. Un acteur qui n’a pas réussi. Un fils qui parle encore à sa mère disparue. Un homme qui tente de tenir debout entre les fragments de son histoire. Et pourtant, à travers lui, c’est une humanité entière qui affleure : celle qui doute, qui cherche sa place, qui transforme ses échecs en récits.
Ce qui m’importe ici, ce n’est pas seulement de raconter une trajectoire, mais de créer un espace de théâtre où le tragique et le burlesque coexistent pleinement. Le rire n’y est jamais décoratif : il est vital. Il surgit là où on ne l’attend pas, il fissure le réel, il permet de regarder en face ce qui, autrement, serait insoutenable.
Poil de Harissa ou Sidi Yahia est une pièce de l’entre-deux :
entre deux cultures,
entre deux langues,
entre le théâtre rêvé et la réalité vécue,
entre la vie et la disparition.
Le plateau devient alors un lieu de passage. Un espace où l’acteur — à l’image de Harry — convoque ses fantômes, rejoue ses possibles, se réinvente sous nos yeux. Le théâtre y est montré dans sa fragilité même : un art précaire, mais profondément nécessaire.
Ce texte appelle une incarnation forte, sensible et libre. Il laisse place à l’acteur, à son souffle, à son rapport direct au public. Car c’est bien là que réside l’enjeu : dans cette rencontre vivante, immédiate, où chacun peut reconnaître quelque chose de lui-même.
Programmer cette pièce, c’est faire le choix d’un théâtre qui relie :
un théâtre accessible sans être simpliste,
exigeant sans être fermé,
profondément humain.
C’est offrir au public une expérience où l’on rit, où l’on est touché, et où, peut-être, une question persiste en sortant :
Qu’est-ce que je fais là ?
Et si le théâtre servait aussi à cela — non pas répondre, mais ouvrir ?
Hubert Haddad - L'AUTEUR
Hubert Haddad est l’une des grandes voix de la littérature contemporaine, à la croisée du roman et du théâtre, où son écriture trouve toute sa dimension vivante. Auteur d’une œuvre foisonnante, il explore les territoires de l’exil, de la mémoire et de l’identité avec une intensité poétique rare. Si ses romans – parmi lesquels Le Peintre d’éventail ou Palestine – ont été salués par de nombreux prix, son travail dramaturgique révèle une autre facette essentielle : celle d’un écrivain du plateau, du souffle et de l’incarnation. Avec Poil de Harissa, Hubert Haddad signe une pièce singulière, à la fois grave et burlesque, où le rire côtoie la mémoire et l’errance. Son écriture, profondément théâtrale, donne corps à des personnages en quête de sens, pris entre héritage et désir de réinvention. Nourrie par la peinture, l’histoire et une réflexion constante sur l’acte de créer, son œuvre fait du théâtre un espace d’exploration humaine, un lieu où l’imaginaire devient une forme de résistance et de liberté.
Ariel Haddad - L'ACTEUR
Ariel est un comédien et clown de théâtre au parcours riche et singulier, mêlant création artistique, engagement humain et exploration du burlesque. Formé dès ses débuts au théâtre et au cirque, notamment à l’école Annie Fratellini, il développe une approche sensible du jeu, nourrie par de nombreux stages auprès de figures reconnues du clown et de l’improvisation. Sur scène, il interprète des rôles variés, de Shakespeare à la comédie contemporaine, notamment dans Richard III ou Wanted Miss FFF, où il incarne le commissaire Jo. Il explore également des formes plus intimistes, comme la lecture-spectacle autour de Pessoa. Son univers artistique s’ancre profondément dans le clown, qu’il pratique, transmet et met au service du lien social. Fondateur de l’association « 100 rires », il mène des actions solidaires à travers les « Miroirs de rue », apportant présence et humanité aux personnes sans-abri. Il anime également des stages pour partager cet art avec le grand public. Parallèlement, il écrit et réalise pour le cinéma et le théâtre, et développe des projets personnels mêlant humour, poésie et regard sur le monde. Son parcours témoigne d’une démarche artistique engagée, où le rire devient un véritable vecteur de rencontre et de sens.
Gilles Saffar - LE DIRECTEUR ARTISTIQUE
Gilles Saffar est un artiste aux multiples facettes, explorant avec passion différents territoires de la création.
Il débute dans les arts visuels et le dessin, passant des techniques traditionnelles à l’art digital, où il développe le concept original de « surréalité digitale ». Son travail donne lieu à des expositions, conférences et formations dédiées à l’art numérique. Parallèlement, il s’investit dans le théâtre, notamment auprès des enfants. Enseignant en CM1/CM2, il met en scène des œuvres comme Tom Sawyer, Pinocchio ou Le Roman de Renart, en réalisant également les décors avec ses élèves. Toujours dans un cadre pédagogique, il participe à l’écriture et à la réalisation de courts-métrages avec des professionnels de l’audiovisuel et de la scène. Enfin, il s’illustre dans l’illustration jeunesse, avec Les aventures de Rebecca Littlespoon, et crée des bandes dessinées pédagogiques, confirmant un parcours artistique riche, transversal et profondément engagé dans la transmission.